Présentation

Il y a dans mes tableaux une soif de couleurs, multiples, contrastées, une recherche de gammes colorées, aussi étendues que la vie peut l’être. Quand je prépare mes couleurs, quand mon pinceau tourne dans le pot et que mon regard s’abandonne à son mouvement hypnotique, je ne fais plus qu’un avec les couleurs. C’est comme si elles rentraient en moi et que les associations, les contrastes, les intensités devenaient une évidence. Peindre devient alors un état, un moment figé où le temps s’arrête. Parfois je me demande si cet état a un lien, une similitude avec la prière. Est-ce que peindre le sang en ne faisant qu’un avec le rouge que l’on applique sur la toile est une façon de partager un peu de la souffrance de la nature humaine et d'en diminuer ses effets ? Est-ce que la contemplation des vibrations émises par du vert, du rose, du jaune peuvent nous transmettre de l’énergie de vie ? Est-ce qu’un bleu profond peut nous apaiser, nous apporter du réconfort ? Je le crois ou plutôt oui je le ressens. Je ressens le pouvoir vibratoire et universel de la couleur. C’est la matière la plus évidente de mon travail, c’est celle qui saute aux yeux, mais c’est loin d’être la seule.

Il y a aussi une recherche de mouvement et de profondeur dans mes peintures. Comment arriver à peindre une réalité sans la figer ? Comment sortir d’une simple représentation plate qui deviendrait très vite ennuyeuse ? Comment témoigner de nos couches d’histoires, de nos couches d’émotions en interconnections ? Dans mes tableaux, la profondeur n’est pas créée par la perspective mais par la juxtaposition de contrastes colorés, une juxtaposition de surfaces peintes, une juxtaposition de fragments de vie qui s’enchevêtrent les uns aux autres. Chaque toile est le paysage émotionnel d’un moment avec ses montagnes, ses vallées, ses rayons de lumières, ses failles, ses vagues, ses chemins nombreux. J’aime que l’on puisse se promener, s’égarer, se perdre, s’arrêter puis repartir ailleurs en regardant mes peintures. J’aime que l’on puisse à la fois regarder une globalité ou une multitude de détails. J’aime que l’on puisse accéder à une palette d’émotions, parfois contradictoires mais toutes aussi réelles les unes que les autres. J’aime que les couleurs chaudes répondent aux couleurs froides, que la lumière réponde à l’obscurité, que le vide réponde au plein… Il n’y a pas de bonheur sans peine, il n’y a pas de paix sans violence, il n’y a pas de douceur sans colère, il n’y a pas d’amour sans haine… C’est pour moi toute cette complexité qui participe à la profondeur d’une toile.

Comment trouver le juste équilibre, la composition qui fera que ce « tout » tienne ensemble, comme un moment de plénitude suspendu, comme une trêve des forces en présence ? Peindre devient un état, une façon pour moi de « communier » avec la vie, d’accueillir toutes ces interactions invisibles que notre intellect ne pourra jamais complètement saisir, figer, acter comme une vérité. Vous trouverez très souvent dans mes compositions une ou des silhouettes de têtes, un motif presque abstrait mais pas assez pour quitter pleinement la figuration. Celui-ci est là pour créer un intérieur et un extérieur, une frontière entre l’intime et le monde. En fait, c'est un cadre qui ramène toujours l’abstraction picturale à la nature humaine.

Il y a aussi une recherche de temporalité. Comment témoigner du temps qui passe ? Nombreuses de mes toiles sont composées de bandes verticales, fragments verticaux de peintures anciennes, découpées et remises en jeu pour en composer de nouvelles. J’aime l’acte de reprendre une peinture pour en composer une autre à partir de morceaux de cette dernière. Comme nos histoires personnelles se transforment au fur et à mesure que le temps passe, mes toiles aussi se transforment, meurent pour donner naissance à de nouvelles.

Enfin, si j’avais à exprimer dans l’absolu ce à quoi j’aspire, la toile que je rêve de peindre, je vous dirais : J’ai envie de peindre une toile qui prenne soin du regardeur tous les jours de sa vie. Une toile qui tienne compagnie à nos peines, à nos colères, à nos tristesses tout en transmettant une force, une énergie de vie. Une toile qui ne soit pas conceptuelle, mais sensorielle. Une toile que le regardeur ait envie de toucher, de caresser, de respirer avec les doigts, de toucher avec les yeux.

Regarder ma peinture ce n’est pas comprendre avec sa tête ce que l’on voit mais accepter de ressentir et d’accueillir dans son corps, ce que l’on ne comprend pas.

Cœurs à corps

Cœurs à corps
EXPOSITION Damien MILLET
2 juin / 28 juillet 2023

Expositions

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